En bref
Un échafaudage crée un plan de travail protégé par des garde-corps : il sécurise la personne qui travaille dessus. Un filet de sécurité est un dispositif de recueil : il rattrape une personne qui tombe depuis un endroit où aucun plan de travail protégé n'a pu être installé. Le Code du travail organise d'ailleurs cette succession, l'article R. 4323-59 demandant d'abord des garde-corps et l'article R. 4323-60 prévoyant des dispositifs de recueil souples lorsque ceux-ci ne peuvent pas être mis en place. La bonne question n'est donc pas de choisir entre les deux, mais d'identifier les zones du chantier que l'échafaudage ne couvre pas.
Deux dispositifs, deux questions différentes
La confusion vient de ce que les deux sont rangés dans la même case, celle de la protection collective. Leur logique est pourtant opposée.
Un échafaudage est un moyen d'accès et un plan de travail. Il vous amène à hauteur, vous donne une surface stable, et vous empêche d'en sortir grâce à ses garde-corps. Il agit en amont, il empêche la chute. Un filet de sécurité ne cherche pas à empêcher quoi que ce soit : il occupe le volume situé sous la zone de travail et rattrape la personne qui tombe. Il agit en aval, il limite les conséquences.
De cette différence découle tout le reste. L'échafaudage protège une surface. Le filet protège un volume.
Ce que protège réellement un échafaudage
Le Code du travail demande d'abord que les travaux temporaires en hauteur soient réalisés depuis un plan de travail conçu et équipé pour préserver la sécurité des travailleurs, c'est l'article R. 4323-58. L'article R. 4323-59 précise ensuite l'équipement attendu : des garde-corps intégrés ou fixés de manière sûre, rigides et d'une résistance appropriée, placés à une hauteur comprise entre un mètre et un mètre dix, comportant une plinthe de butée de dix à quinze centimètres, une main courante et une lisse intermédiaire à mi-hauteur.
Un échafaudage correctement monté coche ces cases. Encore faut-il qu'il soit monté correctement. L'article R. 4323-69 impose que le montage, le démontage et les modifications sensibles se fassent sous la direction d'une personne compétente et par des travailleurs ayant reçu une formation adéquate, portant notamment sur la compréhension du plan de montage, la prévention des chutes de personnes et d'objets, les efforts de structure admissibles et les mesures à prendre en cas de changement des conditions météorologiques. Les vérifications, elles, relèvent de l'arrêté du 21 décembre 2004.
Ce que l'échafaudage ne couvre pas
Un échafaudage protège là où il est. C'est une évidence, mais c'est précisément là que se logent les accidents.
- L'intérieur du bâtiment. Un échafaudage de façade ne dit rien des planchers ouverts, des trémies d'escalier et des réservations situées de l'autre côté du mur. Ces ouvertures relèvent d'un traitement propre, que nous détaillons dans notre article sur les trémies et les dalles.
- La surface de couverture. Un garde-corps périphérique empêche de tomber du bord. Il n'empêche pas de passer au travers d'une plaque translucide ou d'un bac non fixé.
- Le vide côté façade. L'article R. 4323-78 interdit tout vide de plus de vingt centimètres entre le bord des planchers et l'ouvrage. En isolation par l'extérieur, ce seuil est régulièrement franchi, situation que nous traitons dans notre article sur les chantiers de ravalement et d'ITE.
- Les phases de montage et de démontage. L'échafaudage n'existe pas encore, ou plus.
Ce que protège un filet
L'article R. 4323-60 est celui qui donne au filet sa place exacte : lorsque les garde-corps ne peuvent pas être installés, des dispositifs de recueil souples sont mis en place et positionnés de manière à éviter une chute de plus de trois mètres. La norme EN 1263 encadre pour sa part le produit dans sa partie 1 et son montage dans sa partie 2.
Le filet répond donc à une situation précise : celle où l'on ne peut pas créer de plan de travail protégé. Une charpente en cours de levage, une couverture en cours de pose, une dalle ouverte, une structure sur laquelle il faut circuler avant qu'elle ne soit refermée.
Ce n'est pas « échafaudage ou filet », c'est « quelles zones de mon chantier restent sans plan de travail protégé, et à quel moment ». La réponse dessine d'elle-même le dispositif nécessaire.
Quatre chantiers où les deux coexistent
- Une réhabilitation lourde. Échafaudage en façade pour l'enveloppe, filet en sous-face pour les planchers déposés à l'intérieur.
- Une construction neuve à ossature. Filet pendant le levage et la pose de couverture, échafaudage ensuite pour les finitions de façade.
- Une toiture en matériaux fragiles. Garde-corps périphérique en rive, nappe de recueil sous la zone où l'on circule, sujet développé dans notre article sur le bardage et le bac acier.
- Un chantier en site occupé. Échafaudage pour le travail, filet pare-gravats pour les tiers en contrebas.
Comment trancher sans se tromper
Trois questions suffisent le plus souvent. Existe-t-il, pour chaque phase, un plan de travail protégé par des garde-corps ? Si oui, l'échafaudage suffit pour cette phase. Si non, une chute de plus de trois mètres est-elle possible ? Si oui, un dispositif de recueil s'impose. Et enfin, la zone à risque change-t-elle au fil de l'avancement ? Si oui, le dispositif doit suivre le chantier et pas seulement le calendrier de l'échafaudeur.
Cette logique de hiérarchie n'est pas une préférence de professionnel, elle découle des principes généraux de prévention que nous détaillons dans notre article sur les neuf principes de prévention. Le même raisonnement s'applique à l'arbitrage entre collectif et individuel, traité dans filet de sécurité ou harnais.
Comment nous intervenons
Nous ne montons pas d'échafaudages, nous posons des filets. C'est ce qui nous permet de vous répondre franchement : sur certains chantiers, l'échafaudage prévu suffit et nous le disons. Sur d'autres, il laisse une zone ouverte que personne n'avait identifiée, et c'est là que nous intervenons.
Une étude prend peu de temps et se fait sur plans. Nous couvrons l'Isère et l'Auvergne-Rhône-Alpes, de Lyon à Chambéry. Si le doute porte sur votre prochain chantier, envoyez-nous les plans, nous vous dirons ce qui manque et ce qui ne manque pas.
Questions fréquentes
Non, les deux dispositifs ne remplissent pas la même fonction. L'échafaudage crée un plan de travail protégé par des garde-corps et empêche la chute depuis cette surface. Le filet est un dispositif de recueil qui rattrape une personne tombant depuis une zone où aucun plan de travail protégé n'a pu être installé.
L'article R. 4323-59 du Code du travail prévoit des garde-corps rigides et d'une résistance appropriée, placés à une hauteur comprise entre un mètre et un mètre dix, comportant une plinthe de butée de dix à quinze centimètres, une main courante et une lisse intermédiaire à mi-hauteur.
L'article R. 4323-69 du Code du travail prévoit que le montage, le démontage et les modifications sensibles d'un échafaudage se déroulent sous la direction d'une personne compétente et sont réalisés par des travailleurs ayant reçu une formation adéquate et spécifique aux opérations envisagées.
L'article R. 4323-60 du Code du travail prévoit que, lorsque des garde-corps ne peuvent pas être installés, des dispositifs de recueil souples sont mis en place et positionnés de manière à éviter une chute de plus de trois mètres.
Sources officielles
Cet article s'appuie sur les sources suivantes :
- Code du travail, articles R. 4323-58 à R. 4323-60 : plan de travail, garde-corps et dispositifs de recueil souples.
- Code du travail, articles R. 4323-69 à R. 4323-80 : échafaudages, montage et conditions d'utilisation.
- INRS : échafaudages et plates-formes individuelles.
- Arrêté du 21 décembre 2004 relatif aux vérifications des échafaudages.


